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18.12.2007

Histoire de ma prise de conscience en faveur des animaux

"The animals of the world exist for their own reasons. They were not made for humans any more than black people were made for whites or women for men." Alice Walker

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Edith m’avait dit : « imagine qu’ils ont un visage, chacun, qui soit aussi individuel et aussi important que le tien. Imagine que chacun d’entre eux ait la même valeur inaliénable qu’un être humain. Tu verras que l’air entrera par les fenêtres de ta pensée et toutes tes idées se rafraîchiront ; mais tu ne perdras rien de ce à quoi tu tiens : le respect profond et entier de chaque personne humaine ».

Pourtant, moi qui avais bien voulu respecter les animaux comme une partie de la nature, qui mérite d’être laissée en vie et pourquoi pas, d’être protégée, je ne voulais pas considérer qu’un animal puisse être un individu. Un être en lui-même, dont la vie a une valeur en soi. Envisager de dévisager un animal, cela m’était hors de portée, pour des raisons qui montaient du plus profond de mes forêts intérieures.

Ce qui est étrange, c’est ma peur de m’ouvrir au respect de l’animal.

J’en avais peur comme un enfant a peur du noir.

Je me disais : de l’autre côté de cette pensée, commence un nouveau monde. Les panneaux de signalisation ne seront plus les mêmes, peut-être même qu’il n’y en aura pas. Le froid, la peur, le chaud, la folie s’y mélangent aux attraits qui me séduisent. Je ne pourrai m’en dépétrer et perdrai beaucoup de plumes, morales, intellectuelles, physiques, avant de trouver mon chemin. Peut-être que de l’autre côté de cette pensée, le monde est autre et plus jamais je ne pourrai revenir.

J’avais peur comme un croyant a peur de remettre en question l’existence de Dieu. J’avais peur de la chute du sens moral, de la chute de tout ce qui donne un sens au monde, de ma propre chute.

Comment se fait-il que la supériorité humaine, Dieu et la veilleuse provoquent les mêmes soulagements chez l’enfant seul dans la nuit ? Comment se fait-il que le dévisagement des autres animaux, Dieu et le noir provoquent les mêmes peurs chez l’enfant seul dans la nuit ?

Zurich-Paris

Dialogue téléphonique d’un soir avec mon amie Edith de Cornulier Lucinière, d’AlmaSoror.

Moi :

- La question est : comment allons-nous respecter les êtres humains si nous commençons à dire que les animaux les valent ?

Elle :

- La question est : de quelle nature est notre respect des êtres humains si le fait de respecter quelqu’un d’autre autant qu’eux les détrône immédiatement ?

A l’heure actuelle, je ne sais que penser. J’aimerais éclaircir le sujet avant de mourir.

Vôtre

 

AXEL

Commentaires

Je sais que tu craches sur la religion, mais ton texte m'a donné envie d'écrire une prière pour les animaux. Elle est sur mon site. Pauvre Axel, anticlérical forcené à l'origine d'une prière catholique par une traditionnaliste !
Baisers amusés d'Esther qui t'aime, malgré tout... Qui t'aime encore plus à cause de ce "malgré tout".

Ecrit par : Esther | 26.12.2007

Peut-être que l'art d'Edith, avant tout, consiste à ne poser que les bonnes questions, celles qui obligent à cheminer.

Ecrit par : Tieri | 28.12.2007

Texte très intéressant. Bon, apparemment, Esther dit que tu "craches" sur la religion. Mais on trouve de belles réponses pourtant dans les textes des théologiens. L'ermite orthodoxe Saint-Silouane, dans les années 1930, disait par exemple que chaque animal mérite, en tant qu'élément de la création, le respect que l'homme doit à toute chose naturelle - il ne maltraitait ainsi jamais une bête, n'écrasait pas un cloporte. En revanche, pour lui, s'attacher de façon émotionnelle, affective, à un animal, est dénaturé. C'est par autrui, par l'homme doué d'âme, que l'on trouve le chemin de Dieu, selon la conception chrétienne. Bien sûr, c'est une approche parmi tant d'autres, et elle n'est pas politiquement correcte, mais... elle est intéressante, non? Et puis, voir la création toute entière dans les yeux d'un chien, c'est beau, mais y voir affection, intelligence et dévouement, n'est-ce pas une transposition de nos propres manques affectifs? Je me demande...

Ecrit par : magda | 06.01.2008

Je réponds au commentaire de Magda sur la transposition de nos propres manques affectifs. Pour avoir vu des chiens hurler de joie lors des retrouvailles avec ses maîtres, ne pas supporter leur départ, pour avoir vu le regard humide d'un chien envers ceux qu'il aime, je pense que l'affection des chiens n'est pas une transposition de nos manques, mais une réalité. Je m'arrête aux chiens pour parler uniquement de ce que je connais.
Je crois que s'attacher affectivement à un animal, lui reconnaître de l'intelligence, de l'affection et du dévouement, n'ôte en rien à l'être humain son intelligence, son affection et son dévouement.

Ecrit par : Agnes | 17.01.2008

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