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26.12.2007

journaux en ligne, oeuvres du soir

Certains blogs sont de très belles œuvres du soir qui enrichissent la vie de dizaines, de centaines, de milliers d’inconnus.
Celui de Patrick Loiseleur en est un.
L’auteur tient un blog consacré à la musique.
Nous accompagnons ainsi le déploiement d’une pensée, les tergiversations d’un mélomane-compositeur, nous avons accès à ses lectures, à ses goûts, à ses introspections sans que jamais la vulgarité ou l’impudeur ne soient effleurés.
Certains blogs sont de belles œuvres du soir. Quand les travailleurs rentrent du boulot, le rideau se lève et la vraie vie commence enfin : c’est le temps de créer la beauté virtuelle puisque le monde réel est d’accès restreint. C’est le temps d’entrer dans l’art puisque la journée est consacrée au salariat.
Ingénieur le jour, créateur du soir. Journaliste le jour, enquêteur le soir. Universitaire le jour, penseur le soir.


Axel

18.12.2007

Histoire de ma prise de conscience en faveur des animaux

"The animals of the world exist for their own reasons. They were not made for humans any more than black people were made for whites or women for men." Alice Walker

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Edith m’avait dit : « imagine qu’ils ont un visage, chacun, qui soit aussi individuel et aussi important que le tien. Imagine que chacun d’entre eux ait la même valeur inaliénable qu’un être humain. Tu verras que l’air entrera par les fenêtres de ta pensée et toutes tes idées se rafraîchiront ; mais tu ne perdras rien de ce à quoi tu tiens : le respect profond et entier de chaque personne humaine ».

Pourtant, moi qui avais bien voulu respecter les animaux comme une partie de la nature, qui mérite d’être laissée en vie et pourquoi pas, d’être protégée, je ne voulais pas considérer qu’un animal puisse être un individu. Un être en lui-même, dont la vie a une valeur en soi. Envisager de dévisager un animal, cela m’était hors de portée, pour des raisons qui montaient du plus profond de mes forêts intérieures.

Ce qui est étrange, c’est ma peur de m’ouvrir au respect de l’animal.

J’en avais peur comme un enfant a peur du noir.

Je me disais : de l’autre côté de cette pensée, commence un nouveau monde. Les panneaux de signalisation ne seront plus les mêmes, peut-être même qu’il n’y en aura pas. Le froid, la peur, le chaud, la folie s’y mélangent aux attraits qui me séduisent. Je ne pourrai m’en dépétrer et perdrai beaucoup de plumes, morales, intellectuelles, physiques, avant de trouver mon chemin. Peut-être que de l’autre côté de cette pensée, le monde est autre et plus jamais je ne pourrai revenir.

J’avais peur comme un croyant a peur de remettre en question l’existence de Dieu. J’avais peur de la chute du sens moral, de la chute de tout ce qui donne un sens au monde, de ma propre chute.

Comment se fait-il que la supériorité humaine, Dieu et la veilleuse provoquent les mêmes soulagements chez l’enfant seul dans la nuit ? Comment se fait-il que le dévisagement des autres animaux, Dieu et le noir provoquent les mêmes peurs chez l’enfant seul dans la nuit ?

Zurich-Paris

Dialogue téléphonique d’un soir avec mon amie Edith de Cornulier Lucinière, d’AlmaSoror.

Moi :

- La question est : comment allons-nous respecter les êtres humains si nous commençons à dire que les animaux les valent ?

Elle :

- La question est : de quelle nature est notre respect des êtres humains si le fait de respecter quelqu’un d’autre autant qu’eux les détrône immédiatement ?

A l’heure actuelle, je ne sais que penser. J’aimerais éclaircir le sujet avant de mourir.

Vôtre

 

AXEL

15.12.2007

VillaBar 2 : Mathieu Granier a réussi !

L'auteur de VillaBar 2 a relevé le pari. J’ai découverts avec stupéfaction son texte du romanphoto de la deuxième édition de VillaBar. Ce n’était pas facile de reprendre le flambeau. Il a su renouveler complètement le ton tout en restant dans l’ambiance. Résultat : Ginna l’empoisonneuse est un texte qui tranche avec ce qu’écrit Edith de Cornulier Lucinière, et pourtant c’est du VillaBar ! Les personnages sont là : John Peshran-Boor, Lilas L.S. Snuk (qui meurt à la fin de chaque épisode, curieusement)…

Mathieu Granier a choisi de faire parler différents points de vue : l’inspecteur Andreï Tarkov (joué par un William très convaincant), le truand Stanislas Tichy, la serveuse Ginna l’empoisonneuse (jouée par Aurélie Charbonnier qui était ce soir-là dans son vrai rôle de bistrotière en plus de son rôle de Ginna), le rocker ruiné John Peshran-Boor.

Le texte est un polar qui ne manque pas de romantisme. Granier a choisi de respecter le thème (Espionnage en pleine guerre froide) : résultat, on s’y croit.

Je présente quelques personnages créés ce dimanche soir d’octobre, qui devront se pérenniser au fil des épisodes :

L’inspecteur Andreï Tarkov (inspecteur plein de scrupules)

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Stanislas Tichy (truand sans scrupule)

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Ginna Gashwin (serveuse au café Ivanovna, puis au Roi Borgne. Empoisonne Lilas L.S. Snuk sur l’ordre de Stanislas Tichy).

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Emma Lonsdale (dactylo américaine et sœur du notaire Jeremy Lonsdale, qui finit tragiquement)

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Jeremy Lonsdale (Notaire américain assassiné)

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William Spade (détective privé à la solde d’Emma Lonsdale)

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Natacha Filippovna (dactylo soviétique, complice de l’empoisonnement de Lilas L.S. Snuk)

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 Les personnages sont à la fois vrais et mieux que vrais.

 

En espérant lire d’autres choses de lui un jour…

Axel

Au-delà du Pride et du Phobe

Liberté, égalité : au-delà du pride et du phobe

 

1 émergences des mouvements en quête de droits

L’année dernière (en 2006) eut lieu une « pute-pride ». Sur le modèle de ces pride qui prolifèrent (la gay pride, la veggie pride… qui laissent les homosexuels dignes et les végétariens dignes dans la plus profonde consternation…), les putes ont marché pour avoir le droit d’être putes. Intéressé, je me suis inscris à leur lettre de diffusion. Au bout de quelques mois, étonné de certains propos, je me suis renseigné plus en profondeur. Constituées principalement d’hommes, ceux qui s’appellent « les putes » ne reflètent absolument pas la majorité des prostituées de nos villes. 

Les mouvements de libération deviennent étranges : ils convergent tous vers le même genre de militance, copié sur les mouvements des minorités américaines, principalement les mouvements noirs, sans forcément que cette militance soit adaptée au sujet.
Ils créent de rien une culture commune censée tous les représenter ; ils créent des slogans autoglorificateurs (comme l’étaient les slogans « black is beautiful », « I am young, gifted and black ») ; ils confondent finalement le fait d’être ce quelque chose minoritaire avec le fait d’avoir des droits.
Or, c’est simplement le fait d’être un être humain qui confère des droits.
Le résultat de cette confusion m’interpelle : ce n’est plus contre la zone de non droit qu’ils combattent ; au contraire ils luttent pour une zone de surdroit, de surcroît collectif.

Le fait, par exemple, que les mouvements homosexuels déclarent qu’il faut l’égalité des couples (et non plus l’égalité des personnes face au mariage, ou des sexualités face au mariage) montre bien que la revendication sonore et collective prime sur la pensée du droit.

2 pride et phobe

Ces mouvements cherchent à imposer, sous prétexte que c’est le seul moyen de lutter contre la discrimination qui les atteint, une morale dominante douce à leur égard. Le paradoxe de ces minorités voulant que leur théories deviennent dominantes, c’est qu’elles affirment tenir leur légitimité de la majorité des gens qui les constituent. Or, la majorité, ils devraient le savoir, n’est pas un critère absolu. Par ailleurs, on sait bien que la majorité (de la population ou d’une minorité) s’obtient par la publicité.

 

Nous avons donc une gaypride. On y clame des slogans contre l’homophobie.

Mais sur le site de la veggie pride, on s’acharne contre la végéphobie.

Quant aux putes (voyez leur site lesputes.org), elle veulent que soient punis par la loi les propos putophobes.

 

Les mouvements de militance actuels sont donc axés sur le pride et le phobe.

Ce système de revendications consiste à considérer tous les maux qui paraissent moindre comme anecdotiques, et tous les maux qu’on veut mettre en avant comme emblématiques. Par exemple, s’agissant de la parité ou des quotas ethniques, la situation de la victime de la discrimination positive est anecdotique, tandis que celle la victime de la discrimination « négative » est emblématique et on doit donc lui porter toute notre attention.

Pourtant, ce n’est pas en montrant du doigt un symbole qu’on cessera le montrage du doigt généralisé.

 

3 La recette

L’éclosion de ces mouvements est charmante ou irritante, selon nos opinions…

En tout cas la recette est désormais établie. Si vous voulez créer un courant fort pour votre minorité, suivez le modèle.

 

  1. constituer une identité (valeurs communes, sigles, submode, vocabulaire, nouveaux concepts…)
  2. fonder cette appartenance commune comme quelque chose d’inaliénable, mais à cheval entre le choix et inné (j’ai le droit de choisir d’être cela parce que je n’ai pas le choix !)
  3. faire émerger une fierté et des revendications communes
  4. organiser une marche
  5. réclamer des droits spécifiques fondés sur l’imitation des droits auxquels ils n’ont pas accès, repabtisés « droits des groupes dominants »
  6. créer un ennemi, un Phobe (homophobe, vegéphobe, putophobe)
  7. réclamer la punition de l’ennemi, et qu’il écope d’une amende chaque fois qu’il ouvre sa gueule contre nous
  8. agacer tout le monde, hors de la NI (nouvelle identité) mais aussi au sein de la NI

Bien sûr, il y a des complications, notamment un risque d’accumulation de privilèges dus à une surexposition aux discriminations (femme noire homosexuelle pute végétarienne), accumulation qui laisse le discriminateur potentiel (homme blanc hétérosexuel fidèle carnivore) très exposé puisqu’il est sans cesse pris à parti. Il paye pourtant tous les pots qu’il est censé avoir cassé et qu’il n’a en général jamais eu l’intention d’abîmer.

 

Voilà.  La quête de la liberté ressemble parfois à une belle soif de liberté, parfois à une avidité consommatrice. En effet, les réclameurs de droits ressemblent plus (structurellement) à des associations de consommateurs réclamant des abonnements téléphoniques préférentiels qu’à des êtres humains refusant les chaînes. Pourquoi les « réclamations » relèvent d’un comportement de consommateurs ? Parce que nous sommes dans une société de consommation, et que la consommation pénètre tous les pores de notre vie, notamment la vie politique. Puisque la consommation domine, elle domine en pensée.

4 Ni coupables, ni victimes : libres !

Le slogan que les putes (non représentatives puisqu’en majorité masculins, mais assez malhonnêtes pour se dire représentatives…) de la pute-pride clamaient en chœur était : ni coupables ni victimes, fières d’être pute.

La première moitié du slogan est magnifique : ni coupables ni victimes. Ni coupable, ni victimes d’avoir la liberté de vivre en liberté.

Quant à leur fierté, ils et elles ont de la chance : cela fait longtemps que je ne suis plus fier de rien.

 

5 Comment favoriser la liberté ?

Au nom de l’antidiscrimination, toutes ces revendications souhaitent, au fond, obtenir le silence total et éternel de leurs ennemis. Car toute forme de désapprobation publique est vécue comme une atteinte au bien-être.
La liberté d’expression est ainsi considérée comme moins importante que le bien-être des individus. Mais c’est oublier que le bien être des individus dépend aussi de leur liberté d’expression. Alors mieux vaut que des gens puisse vous dire des choses qui vous déplaisent et que vous puissiez répondre plutôt que d’établir des silences forcés sur tous les sujets qui concernent les êtres humains. Si le silence est forcé, un monstre risque d’émerger, encore plus fort. On ne tue pas une pensée, on l’assomme un temps donné ou on la rend caduque. Et on ne la rend pas caduque en l’assommant !

Comment alors préserver un espace de vie assez large pour tous, sans que l’oppression sociale écrase ceux qui ne suivent pas les autoroutes ?

 

Axel Randers

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