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15.01.2008

Echec de l’école ou réussite de la télévision ?

Un ami m’écrit ce matin que les enfants français passent 850 heures à l’école et 796 par an devant la télévision.

Un tel chiffre relativise à mon avis ce qu’on appelle l’échec de l’école.

L’école peut-elle réellement cultiver et instruire des enfants qui passent autant de temps, ensuite, à se décerveler ?

Car la télévision décervelle. Visuellement, intellectuellement, culturellement, elle offre tout au rabais. Une vulgarité constante imprègne les images et les mots. Quant aux sons, répétitifs, criards, ils assomment toute possibilité de réflexion.

D’ailleurs, j’ai lu récemment qu’on avait calculé qu’un enfant européen reçoit presque 1000 publicités par jour (en comptant tous les supports publicitaires possibles). A mille pubs par jour, l’enfant est foutu. L’école ne peut plus rien faire. Aucun soutien financier, aucune intervention étatique ne pourra jamais contrebalancer l’injection de 1000 mensonges et incitations par jour dans les cerveaux enfantins.

La défense de la télévision sous prétexte qu’il y a des programmes intéressants, ou encore qu’elle ouvre sur le monde, ne me parait pas très probante, surtout qu’il faudrait dans ce cas la regarder une à deux fois par mois et que les gens le font bien plus souvent.

Savoir s’occuper sans avoir rien à faire de spécial et sans appuyer sur le bouton de la télécommande, savoir réfléchir et créer une pensée sans entendre constamment une voix qui informe et en informant prescrit ce que nous devons penser, c’est savoir vivre par soi-même.

Mais pourquoi vouloir vivre par soi-même si cela désociabilise ? Qui ne suit pas exactement les pérégrinations de « l’actualité » ne s’expose-t-il pas au ridicule, voire à la méfiance et à l’exclusion de la fête sociale ?

L’école instruisait et cultivait lorsqu’elle était la principale source de savoirs des enfants. Ils apprenaient à l’école et digéraient ensuite ce savoir en vivant leur vie du soir et de la fin de semaine. Mais maintenant, la source officielle de savoir – et les parents le prouvent en y étant accrocs, eux aussi - , c’est la télévision. L’école n’est donc pas totalement responsable de son échec : c’est l’emploi du temps des enfants, gorgé de télévision, qui a tant dévalorisé l’école.

Ce n’est pas une plainte trop amère, puisque j’ai haï l’école et que je l’ai trouvée niaise. Heureusement, je n’aurais jamais eu l’idée de lui préférer l’injection dans mon cerveau de programmes télévisuels abjects ou tout simplement de culture au rabais.

14.01.2008

Steenes Door

Max Farmsen et David Nathanaël Steene sont venus me voir hier pour me proposer de créer ensemble un magazine en ligne : Steene Door.

J’ai presque dit oui.

Nous avons décidé de lancer très bientôt ce magtoile, qui rassemblera un bouquet de textes tous les deux mois. Ce sera un journal entièrement de gauche, athée, libertaire, à part Esther Mar qui participera, bien sûr, malgré son catholicisme crucifié, ses effluves réactionnaires, sa vieillotte vision du monde et de la vie. Nous l’aimons tellement que nous lui laisserons ce rôle ingrat de mettre en valeur la clarté de nos idéaux de liberté. Elle s’en dit heureuse. Les contributions d’autres personnes seront les bienvenues. Chaque numéro fleurira autour d’un thème, que Max, David, Esther et moi relayerons sur nos médias respectifs, afin d’appeler aux contributions de ceux qui veulent.

J’avertirai bientôt du lancement de ce magtoile trilingue (allemand, anglais, français).

Vôtre

AXEL RANDERS

Debout !

J’ai marché hier !

Depuis quatre heures du matin, je ne dormais pas, tiraillé par un bondissement intérieur. Je me suis levé vers 16 heures. J’ai fait quelques pas dans la chambre. J’ai vu les chaises et les livres en plongée. J’ai fait quelques pas vers la porte, puis j’ai traversé la pièce jusqu’à la fenêtre. Mes bras ont ouvert la fenêtre ; le grand plaisir du vent s’est déversé sur moi. Je suis resté debout, heureux, à respirer, à rire tout bas, les mains ouvertes tendues vers l’extérieur. Ma vue embrassait tout ce qu’elle pouvait, à gauche, à droite, en face : toits, murs, fils, cheminées, nuages.

Et Zurich par la fenêtre était baigné d’une lumière virginale et poussiéreuse, une lumière de début du monde.

12.01.2008

Le banquet annuel des fantômes

J’invite les Parisiens valides (ainsi que les riches NewYorkais qui peuvent se payer un aller et retour pour passer le dimanche soir à Paname) à se rendre à VillaBar le dimanche 20 janvier à 18h30 pour participer au banquet annuel des fantômes.

C’est ouvert à tous.

Le lieu : le bar du Piston Pélican, qui se trouve 15, rue de Bagnolet, au métro Alexandre Dumas. Entre 18h30 et 22h.

Le site de VillaBar sera plus précis que moi.

VillaBar est une production d’AlmaSoror. C’est de l’art de bar participatif. Vous arrivez au bar et buvez un coup dans un ambience incongrue. Les photographes vous prennent en photo, ensuite un auteur écrit un texte. Le tout donne un romanphoto. Par ailleurs, les personnages de VillaBar (vous, peut-être) mènent une vie parallèle sur un blog tenu par l’équipe villabarienne.

Les photographes qui shooteront le banquet annuel des fantômes sont Olivier Estord (un type parait-il très doué qui participa activement au squat de Goumen, 75020), Isabelle Ferrier et Sara (habituées de VillaBar).

L’écrivain qui s’attellera au texte du romanphoto est Iris Ducorps (scénariste de télévision).

Axel RANDERS

11.01.2008

Le Temps des visages

9d413c404ab070cbee33baf898dc11a1.jpg C’est avec une certaine gêne que nous avons abordé le sujet du Temps des visages.

Le Temps des visages, c’est une œuvre qu’Edith entame. Elle voudrait photographier les visages de ses amis d’une certaine façon, pendant un certain laps de temps.

Elle m’en avait parlé mais n’avait pas osé me demander si je voulais être photographié par elle. Bien que je sentasse toute la délicatesse qu’il y avait à ne pas me le proposer, quelle vexation…

(Edith par sa mère, quand elle avait les cheveux longs) 

Alors ce fut un plaisir d’entendre sa voix hésitante prononcer la demande.

Et j’ai dit oui.

Elle viendra à Zurich me tirer le portrait régulièrement. Mais ne compte pas publier ce travail dans AlmaSoror. « ça n’aurait rien à voir là-dedans », m’a-t-elle dit.
Les autres participants sont des amis dont j’ai entendu parler mais que je ne connais pas (sauf Mark).

Axel RANDERS

08.01.2008

Piège Brutal, romanphoto

Piège Brutal : c’est le titre du troisième romanphoto élaboré par VillaBar.

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Sara, auteur-illustratrice jeunesse, l’écrivit. Sara, Marie-Claire Bordaz et Isabelle Ferrier le photographièrent.

Piège Brutal raconte l’histoire d’Andreï Tarkov, un jeune flic du XXème siècle qui possède une mentalité de chevalier moyen-âgeux. Cette dichotomie entre l’homme et son siècle facilite la tâche de ses ennemis. L’un d’eux, Stanislas Tichy, trouve un moyen de le ridiculiser et par là de se débarrasser de sa présence : il le force à combattre contre une jeune femme boxeuse.

Or, Andreï Tarkov (très bien campé par William Fontaine), ne peut cogner une femme. Il ne peut non plus se laisser battre par une femme. Sous le signe de du Guesclin, de Bayard, de Don Quichotte et de Roland, le chevalier fait face à un dilemme courtois, d’un autre temps, qui ne retient ni la boxeuse soviétique, ni les truands et autres cadres supérieurs qui assistent au combat. Le combat intérieur de Tarkov est infernal. Mais le combat de boxe n’a pas lieu.

La chevalerie repart humiliée par son inadaptation totale au monde moderne.

En plus de ce romanphoto le troisième épisode de VillaBar a donné lieu à la création d’un blog des personnages de VillaBar, où les personnages que campent les clients du bar Piston Pélican le troisième dimanche du mois poursuivent leur vie virtuelle. J’ai particulièrement apprécié les personnages de Joan et Miles Yufitran, frère et sœur irlando-berbères fâchés à mort. Ainsi que le couple douloureux formé par Taavi et Katiu Laponen, joueur d’échec et violoniste dépressifs.

journaux en ligne, oeuvres du soir II

Certains blogs, je l’avais déjà dit, sont des parcours personnels qui valent le coup d’être partagés. Reflet d’un engagement suivi dans un domaine, leur lecture, absolument gratuite, nous offre d’entrer dans un monde nouveau et construit, de nous promener dans les avenues déjà déblayées par ces blogueurs généreux.

Je vous avais présenté le blog de Patrick Loiseleur, sur la musique.

Voilà celui de Blandine Longre. Le lire est une occasion d’entrer dans le monde intellectuel et culturel de quelqu’un de passionné ; de gagner beaucoup de temps en apprenant ce que nous n'aurions pas l'idée d'aller chercher par nous-mêmes. Découverte de l’univers de l’édition jeunesse, découverte de nouveaux auteurs littéraires et théâtreux, découverte d’une pensée sur la traduction, sur la liberté d’expression et la vie culturelle.
A suivre souvent…

07.01.2008

De la mouïté à la souplance, en passant par la duritude.

Edith de Cornulier m'envoie un texte sur le concept de souplance, qu'elle estime intrinsèquement liée à l'oeuvre de Jean-Baptiste Botul. Je ne partage pas son point de vue, que je trouve réactionnaire.
Elle reproche en outre aux exégètes botuliens (Pagès, Le Tellier, Brouillard, Doubliez) d'être passés à côté d'une partie de la compréhension de son oeuvre en restant inutilement fixés sur le concept de mouïté. Je pense que c'est faux. Leur attitude n'est que rationnelle. Edith m'accuse d'être plus scientiste que scientifique. Bref, je publie son texte ici, puisqu'elle ne compte pas le publier ailleurs.

De la mouïté à la souplance, en passant par la duritude.

Les lacunes de l’œuvre de Botul paraissaient insurmontables. Il apparaît pourtant qu’on peut établir une métaphysique du mou et du dur, qui aboutit à l’idée de souplance et constitue une réponse adéquate aux lacunes botuliennes.

Ce que l’on ne dit jamais, c’est que Jean-Baptiste Botul a créé toute sa théorie de la mouïté en fonction d’un concept qu’il n’a jamais clairement énoncé et qui est celui de la duritude. Sans duritude, point de mouïté. Or, cette dualité, à laquelle il déclare avoir échappé, n’est jamais mentionnée par les commentateurs. Peut-on émettre une théorie valable sur la partie de l’œuvre qui s’occupe de la mouïté sans mettre au jour le pendant de cette mouïté ?

La mouïté est un concept amputé de son antagonisme, la duritude, ce qui le rend extrêmement vague et difficile à penser de façon strictement philosophique.

Il me semble que la preuve de ce que nous disons émane du sentiment de conviction que tout lecteur ressent enfin lorsqu’il envisage l’œuvre de Botul en postulant ce que nous disons et en imaginant comment la mouïté s’est créé sur une vision claire de la duritude.

Cette compréhension approfondie de son œuvre permet, non seulement, d’achever notre connaissance de la mouïté, mais surtout de dépasser Botul : en effet, si l’on poursuit au delà de l’œuvre du Maître, on atteint ce paroxysme : la duritude et la mouïté s’épousent dans la matière souple de la pensée (souplance).

Pour conclure, il nous apparaît que l’achèvement de ce que l’on pourrait appeler une métaphysique du mou et du dur, serait sans doute la réponse adéquate aux lacunes de l’œuvre de Botul. Nous espérons que les grands exégètes du philosophe  - comment ne pas citer l’écrivain Hervé Le Tellier, le journaliste Frédéric Pagès, la femme de loi Claire Doubliez ou encore Emmanuel Brouillard, lauréat du prix Botul 2007 - s’y attelleront sans tarder.

Edith CL

Je mets le lien vers le blog consacré à JB Botul ICI
Merci à Edith pour ce texte, qui j'espère recevra des critiques très négatives !

Axel RANDERS

06.01.2008

Nan Goldin et la beauté du monde

Je viens de lire trois articles sur la photographie. Ou plutôt, trois articles sur des photographes.

Un texte de l’éditeur Tieri Briet sur Helen Levitt, ici.

Un texte d’Hélène Harder sur Annie Leibovitz, ici.

Un interview de Sarah Moon par Frank Horvat, ici

L’éditeur Tieri Briet, directeur de la maison d’édition Où sont les enfants ?, a écrit un long post, sur son blog, sur la photographe Helen Levitt. Celle qui photographiait la joie quotidienne et les jeux des enfants pauvres de New York.

Tieri Briet parle à un autre moment de de gens qui "créent de la beauté ». Créer de la beauté, c’est sortir du réel pour le voir de plus loin. S’inspirer des contrées imaginaires qu’on parcourt et en ramener de nouveaux fruits, de nouvelles graines, qu’on plante dans la réalité. Ces nouvelles beautés deviennent alors partie prenante de la réalité, qui est enrichie et embellie. Mais Helen Levitt ne photographie plus parce que la télévision a ramené les gens chez eux. Les enfants et les vieux ne jouent plus dehors. La rue, qui était l’espace privé de tout le monde, est devenue l’espace public de personne.

Hélène Harder d’AlmaSoror se lance à corps perdu, à cœur retrouvé dans une réflexion pleine de souffle et de vie sur les entremêlements de l’œuvre intime, glamour et politique d’Annie Leibovitz. Pour mieux saisir l’œuvre, elle nous parle aussi de la vie de la photographe…

Moi, je trouve l’œuvre de Leibovitz, certes belle, mais c’est surtout l’article de Harder qui m’a plu. Parler de la démarche photographique avec autant d’énergie, cela m’a paru être une belle façon de revoir l’art d’une manière active, et non pas consommatrice.

Le photographe Frank Horvat interroge Sarah Moon sans complaisance, et elle-même répond avec les yeux ouverts, sans chercher à donner une image d’artiste qui colle avec ce qu’on attendrait d’elle. En ne jouant pas à l’artiste romantique, elle nous donne à comprendre que tous, que nous menions une vie d’artistes ou non, nous devrions nous poser sans repos la question du monde et des sens qu’on lui donne en choisissant la façon dont on le regarde.

Pour ces trois photographes se pose la question de la pose, superficielle, et du reportage, censé être plus « vrai ».
Sarah Moon est résolument une constructrice, une photographe de studio.
Helen Levitt volait des instants de la vie des autres, mais elle ne le peut plus. La société a tellement changé qu’il n’y a plus de place pour ce type de photographes, selon elle.
Quant à Annie Leibovitz, elle a fait du glamour et du reportage, et, entre les deux, du reportage familial. Ce troisième point lui a posé – ainsi qu’à son public – des problèmes de conscience (devait-elle publier des photos de sa compagne mourante après la mort de celle-ci ?) Mon propre amour pour une certaine oeuvre photographique m'a amené à penser que cette dichotomie pudeur-impudeur n'est pas essentielle. Au-delà de la conscience morale et du questionnement sur la décence, je pense qu’Annie Leibovitz est tenue par une certaine complaisance vis-à-vis de la divulgation de sa vie privée.

Ces réflexions m’ont ramené à Nan Goldin. Elle, elle est dans ce type de reportage familial, et ni la pudeur, ni l’autocensure ne l’entravent. Pourtant, comment se fait-il qu’aucune trace de vulgarité ou de complaisance n’apparaisse dans son œuvre ? Question sans fond… Parce que, sans doute, son regard n’est jamais dans l’observation de soi-même, mais toujours dans la survie. Nan Goldin photographie pour survivre et son œuvre flamboyante rappelle certains livres écrits en prison.

Qu’est-ce qu’elle fait ? Elle prend sa vie quotidienne et elle la transforme en rêve. Un rêve glauque, un rêve suicidaire, mais un rêve, qui défile et toujours nous emmène au pays de la liberté.

Je pense à cette vie d’hôpital. Et si j’avais un appareil photographique ? Tout serait transformé. Tout deviendrait art : le sourire mesquin de l’infirmière, le cocktail de seringues en plastic, le silence et la blancheur médicale. Tout deviendrait un conte, peut-être cruel, peut-être morbide, mais beau et fascinant : un conte qui nous rapproche de l'Essentiel.

 

Car n'est-ce pas l'Essentiel, après quoi courent ces artistes, au fond de leurs studios de luxe ou dans les rues bombardées de Sarajevo ?

Merci aux voyageurs du regard, qui alimentent cette réalité de rêve, et grâce à qui nous ne mourons pas étouffés dans l’horreur du réel des ingénieurs.

 

Axel RANDERS

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