03.03.2008

Les brisés de l'école

 Les brisés de l'école

Aux nuls. Aux ratés. Aux rêveurs.

Je reproduis un extrait du mail reçu ce matin par David Nathanaël... 

 

Quoi de plus indestructible que la certitude intérieure des profs d’avoir raison dans leurs jugements ?

Les nuls en classe, les imbéciles, les lents, les « dans la lune » forment la horde des méjugés qui n’ont aucune défense puisque, le système étant juste et formel, ils sont objectivement mauvais.

Comment peut-on noter ?

Comment peut-on croire que l’on fait autre chose que de servir un système qui privilégie un certain type de gens pour mieux léser les autres ?

Pour ceux qui ont réussi, moyennement ou très bien, la nullité scolaire des autres est incompréhensible. Le parcours qualifié de « normal » leur a paru si évident !

Un ami me raconte que les professeurs disaient à ses parents qu’il était bon travailleur mais manquait d’intelligence et n’irait jamais loin.

Une amie me raconte sa révolte lorsque en classe (en France) de CM1, elle découvrit la signification scolaire du mot « choix ». Choisir la bonne réponse consistait à trouver la bonne réponse. Un tel dévoiement d’un mot qui représentait la liberté la plongea dans un abattement stupéfait.

Une amie qui visite les classes me raconte comme les profs disent de leurs élèves « ils n’ont pas d’imagination ». Mais l’imagination, pour ces profs, n’est qu’une discipline scolaire. Pour un imaginatif, ce qu’ils appellent imagination n’est qu’un exercice scolaire de plus.

Les mots invention, imagination, choix, art, créativité sont dévoyés par l’école : ce sont des mots scolarisés. Il vaudrait mieux qu’elle renonce à les utiliser. Ainsi que les mots « intelligence, raisonnement, argumentation, culture ». Car elle n’a rien à voir avec cela.

L’école est un système de mesure. Certains esprits ne comprennent pas les chemins de réussite au sein de ce système de mesure. Alors, qu’ils connaissent par cœur l’œuvre de Byron, qu’ils consacrent leur vie libre à l’étude de et qu’ils lisent Thucydide avec passion ne leur apportera rien au regard de la scolarité ni de la vie sociale. Ils sont des savants non agrées.

Quant à ceux que rien n’intéresse mais qui comprennent le système de mesure scolaire, ils peuvent étudier dans les plus grandes écoles, emporter tous les concours, et les grandes voies de la réussite sociale leur sont ouvertes, quelle que soit leur réelle culture et la profondeur de leur intelligence. Ils sont des savants agréés par l’Etat.

« Tu n’en feras jamais d’autres ». « Peut mieux faire ».

Faut-il espérer un changement ? Assez désespéré, je pense que tout système de sélection est pervers et minant pour certains.

Impossible de vouloir retourner dans un monde où la sélection se fait par la force physique, par la naissance…

Aux professeurs, faut-il préférer l’armée de psychologues, assistants sociaux, pédopsychiatres et éducateurs qui bâtissent ensemble l’Empire psychologique qui nous colonise de son idéologie insaisissable un peu plus chaque jour ?

Non. La régulation sociale par un Ordre psychologique dominant n’est pas meilleure.

Sachons simplement que les nuls, les ratés, les minables, les bons, les intelligents, les adaptés changent de camp en fonction des instruments de mesure de la société.

 extrait de mail de DN Steene,

posté par

Axel RANDERS

15.01.2008

Echec de l’école ou réussite de la télévision ?

Un ami m’écrit ce matin que les enfants français passent 850 heures à l’école et 796 par an devant la télévision.

Un tel chiffre relativise à mon avis ce qu’on appelle l’échec de l’école.

L’école peut-elle réellement cultiver et instruire des enfants qui passent autant de temps, ensuite, à se décerveler ?

Car la télévision décervelle. Visuellement, intellectuellement, culturellement, elle offre tout au rabais. Une vulgarité constante imprègne les images et les mots. Quant aux sons, répétitifs, criards, ils assomment toute possibilité de réflexion.

D’ailleurs, j’ai lu récemment qu’on avait calculé qu’un enfant européen reçoit presque 1000 publicités par jour (en comptant tous les supports publicitaires possibles). A mille pubs par jour, l’enfant est foutu. L’école ne peut plus rien faire. Aucun soutien financier, aucune intervention étatique ne pourra jamais contrebalancer l’injection de 1000 mensonges et incitations par jour dans les cerveaux enfantins.

La défense de la télévision sous prétexte qu’il y a des programmes intéressants, ou encore qu’elle ouvre sur le monde, ne me parait pas très probante, surtout qu’il faudrait dans ce cas la regarder une à deux fois par mois et que les gens le font bien plus souvent.

Savoir s’occuper sans avoir rien à faire de spécial et sans appuyer sur le bouton de la télécommande, savoir réfléchir et créer une pensée sans entendre constamment une voix qui informe et en informant prescrit ce que nous devons penser, c’est savoir vivre par soi-même.

Mais pourquoi vouloir vivre par soi-même si cela désociabilise ? Qui ne suit pas exactement les pérégrinations de « l’actualité » ne s’expose-t-il pas au ridicule, voire à la méfiance et à l’exclusion de la fête sociale ?

L’école instruisait et cultivait lorsqu’elle était la principale source de savoirs des enfants. Ils apprenaient à l’école et digéraient ensuite ce savoir en vivant leur vie du soir et de la fin de semaine. Mais maintenant, la source officielle de savoir – et les parents le prouvent en y étant accrocs, eux aussi - , c’est la télévision. L’école n’est donc pas totalement responsable de son échec : c’est l’emploi du temps des enfants, gorgé de télévision, qui a tant dévalorisé l’école.

Ce n’est pas une plainte trop amère, puisque j’ai haï l’école et que je l’ai trouvée niaise. Heureusement, je n’aurais jamais eu l’idée de lui préférer l’injection dans mon cerveau de programmes télévisuels abjects ou tout simplement de culture au rabais.